« Libération des femmes, les années mouvement », par Françoise Picq
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Dans cet ouvrage, Françoise Picq retrace l’histoire du Mouvement de libération des femmes (MLF) en France, depuis son émergence à la fin des années 1960 jusqu’à son évolution au cours de la décennie suivante. Le document est à la fois un témoignage sensible et une réflexion critique sur un moment charnière de l’histoire féministe. L’autrice dépeint avec vivacité l’effervescence des premières années, marquées par des actions spectaculaires, des débats passionnés et un fort sentiment de solidarité entre militantes. Cette période, qu’elle qualifie d’« âge d’or », se caractérise par la volonté de transformer en profondeur les rapports entre les sexes, bien au-delà d’une simple amélioration de la condition féminine.
L’auteure revient sur les événements fondateurs du mouvement : dénonciation des crimes contre les femmes, création du journal Le Torchon brûle, luttes pour l’avortement et la contraception, dépôt d’une gerbe à la femme du soldat inconnu... Elle met en lumière les thèmes majeurs qui ont animé les féministes : dénonciation du viol, critique du travail domestique, redéfinition de la maternité, affirmation de l’identité féminine. Inspiré par l’esprit révolutionnaire de Mai 68, le MLF rompt avec les schémas politiques traditionnels, mais se heurte rapidement à ses propres contradictions.
À partir de 1973, avec la naissance du MLAC, la dynamique change. L’ouverture à des organisations mixtes et à d’autres courants militants provoque tensions et divisions internes. Françoise Picq analyse ce tournant comme une perte de l’élan initial, tout en reconnaissant l’impact massif de ces luttes sur la société française.
La seconde moitié des années 1970 est marquée par la diffusion des idées féministes dans l’espace public et leur récupération par les institutions, ce qui entraîne un sentiment de dépossession chez de nombreuses militantes. Malgré les divisions, les combats continuent, notamment contre le viol et pour le remboursement de l’IVG.
La force de cet essai réside dans sa capacité à articuler l’histoire du MLF avec les mutations sociales de la France des années 1960-1970 : baisse de la fécondité, féminisation du salariat, transformation des modèles familiaux. L’autrice montre que le mouvement a accéléré ces changements, mais que ceux-ci n’ont pas profité à toutes les femmes, laissant persister des inégalités profondes.
Elle souligne que le MLF a inventé une nouvelle façon de faire de la politique, centrée sur les rapports de sexe et la critique des rapports privés, tout en montrant ses limites face au reflux militant et aux difficultés d’organisation.
Le livre de Françoise Picq offre une réflexion lucide sur la difficulté de maintenir un mouvement radical dans la durée et sur les tensions entre autonomie militante et nécessité d’unité. Par son récit sensible et documenté, l’ouvrage incite à repenser les enjeux contemporains du féminisme à la lumière des combats passés.
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