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Dans ce documentaire passionnant de Sam Fender, sorti en 2020 sur la plateforme Netflix, plusieurs personnalités transgenres comme Laverne Cox (Orange Is the New Black) ou Lilly Wachowski (Matrix) prennent la parole pour évoquer la représentation de l’identité trans dans l’industrie du film. Le documentaire porte sur une filmographie d’une centaine d’années, de A Florida Enchantment, un film muet de 1914, jusqu’aux dernières séries comme Pose.
Alors que 80% d’Américains ne connaissent pas de trans, la seule représentation reste souvent celle offerte par le cinéma et de la télévision. Or la plupart des minorités ne se reconnaissent pas dans ces modèles créés par ces films, entre représentation ridicule de la féminité et exploitation sensationnelle de la transsexualité. Le GLAAD (La Gay & Lesbian Alliance Against Defamation) a analysé 134 épisodes où la transidentité est représentée. La plupart des trans sont enfermé.e.s dans un rôle lié à la prostitution. Dans les séries policières, iels meurent assassiné.e.s à cause de leur identité ; dans les séries hospitalières, iels meurent des suites du traitement hormonal. Cependant, même si la morbi-mortalité est difficile à évaluer, en particulier en l’absence d’étude randomisée et du faible échantillon étudié, un rapport néerlandais de 2003 conclut à l’absence de hausse de celle-ci dans l’administration d’un traitement de réassignation sexuelle.
A l’aide d’archives cinématographiques et télévisuelles, toujours contextualisées, ce documentaire dénonce les stéréotypes de genre véhiculés par les images, comme l’obsession d’Hitchcock à user de ceux-ci ou encore la perception des femmes trans comme des « hommes maquillés et parfaitement coiffés », perception accentuée par le fait que les rôles de femmes trans ont longtemps été joués par des hommes cisgenres.
Traité comme un document d’histoire, le documentaire démontre aussi les avancées pour changer les regards sur la transidentité. Ceci est particulièrement bien démontré par les extraits de talkshows : de l’obsession de la révélation (comme s’il y avait quelque chose à cacher) à celle de la chirurgie (réduisant les personnes à des objets) il y a quelques années, les questions portent désormais plus sur le vécu et les discriminations.
Il reste cependant un long chemin à parcourir : la transidentité masculine est toujours peu visible, les trans « racisé.e.s » subissent la double peine de la transphobie et du racisme, la transphobie d’une partie de la communauté homosexuelle.
Un documentaire très intéressant donc.
Les limites de ce dernier sont liées au sujet : une minorité « du spectacle » mise en lumière laisse la majorité marginalisée. C’est donc tout un système qu’il faut repenser pour s’inscrire dans un changement social plus large.

S..

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