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C’est avec grande émotion que l’on plonge dans ce film dont le titre original, « Crossing », nous invite à sonder les multiples « traversées » que nous impose ou nous propose l’existence. Une traversée pour nous-mêmes qui, bien installé.es dans nos canapés, regardons ce film de France par exemple, alors que l’intrigue se tisse à l’autre bout d’une Europe qu’on connaît si mal et qui semble si lointaine. « Crossing », c’est l’histoire de Lia, une géorgienne prof d’histoire à la retraite, de toute évidence célibataire et sans enfant, qui a juré à sa sœur récemment décédée et dont elle s’occupait, de retrouver Tekla, sa fille trans partie de Géorgie pour fuir les menaces. Et c’est vers Istanbul que cette quête nous mène, une quête autant qu’une initiation alors que Lia s’engage dans cet étrange périple pour retrouver sa nièce, aux côtés d’un vague ami de Tekla également géorgien. 

Quête de l’autre, quête de sa propre humanité également, tant l’enseignante semble marquée par un regard dur et distant sur le monde. Au-delà de cette difficulté à pister une jeune trans dans une mégapole, c’est tout un monde d’étrangeté qui s’impose à travers la question de la langue, de la culture et également de cette vie en marge que mènent les femmes trans dans un quartier relégué de la plus grande ville de Turquie. Car ici comme ailleurs, l’hétérosexisme a rejeté la transidentité dans le monde de la nuit, dans le mépris autant que la fascination, dans une précarité féroce qui n’empêche pas la joie, la gentillesse et le dévouement : un être au monde d’une grande générosité. 

Dans cette belle histoire, le film nous confronte à ces personnages en marge : un jeune homme en quête d’horizons plus larges trop tôt privé de mère, une militante trans qui vient de réussir ses examens pour devenir avocate, deux enfants de la débrouille et Lia, qui s’arrache de sa Géorgie natale pour honorer un serment. Voilà un film kaléidoscope qui met en scène une multitude de rencontres généreuses, parfois sans lendemain, mais rarement décevantes. 
Une belle leçon d’humanité sur nos errances permanentes par le réalisateur Levan Akin, à qui l'on doit "Et puis nous danserons", premier long métrage lgbt+ géorgien.

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