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Kate Millett est une artiste, écrivaine, militante féministe lesbienne américaine radicale, surtout active dans les années 1970 et 1980, qui a connu une grande renommée internationale à l’époque et que l’on a quelque peu oubliée depuis en France. La passionnante biographie rédigée par Marie-Hélène Dumas aide à réactiver une mémoire féministe et queer indispensable, un texte qui se lit comme un roman, un vrai régal. 
Née en 1934, Kate Millett navigue pour ses études entre les États-Unis, l’Angleterre et le Japon, en faisant preuve d’un regard critique sur le sexisme de l’enseignement, universitaire notamment. C’est avec sa thèse publiée en 1970 sous le titre Sexual Politics (La Politique du mâle) qu’elle acquiert une forte notoriété et se fait connaître dans les milieux féministes internationaux en pleine effervescence. En s’intéressant à la littérature, elle décortique le patriarcat, et démontre le sexisme d’auteurs considérés pourtant comme progressistes. Sculptrice, par son art, son écriture et ses installations, elle dénonce les violences subies par les femmes et la domination masculine, réalisant de nombreuses « cages » inspirées au départ d’un sordide fait-divers de séquestration d’une très jeune femme. Kate soutient des militantes et militants politiques emprisonné.es, comme Angela Davis, ainsi que de nombreux.ses autres, aux USA, mais aussi en Irlande du Nord par exemple. Elle adhère et milite dans de nombreuses organisations féministes, lesbiennes, pour les droits civiques, pacifistes, etc., donne des centaines de conférences aux USA et ailleurs. On la retrouve même en Iran en 1979 aux côtés de femmes voulant célébrer la journée du 8 mars, femmes qui sont alors violemment réprimées par les islamistes s’étant installés depuis peu au pouvoir. On voit d’ailleurs que même la gauche et l’extrême-gauche iraniennes de l’époque se montrent résolument hostiles aux revendications des femmes. 
Kate Millett a croisé de nombreuses militantes et dirigeantes féministes de cette période de grande ébullition politique et militante, a échangé, collaboré et travaillé avec nombre d’entre elles, dont des militantes ou des écrivaines françaises. Elle a même créé une communauté de femmes artistes, dans une ferme dont elle est devenue propriétaire. 
Millett a cher payé son coming-out lesbien, étant alors malmenée par de nombreuses féministes qui craignaient de voir le mouvement dévalorisé par les revendications homosexuelles. Elle a également subi le rejet de sa famille, qui a tenté de la faire interner à plusieurs reprises, avec succès hélas ! L’originalité de Millett, au-delà de ses nombreux engagement, est d’avoir très tôt évoqué sa santé mentale et porté un regard politique et critique sur la psychiatrie de l’époque, perçue comme un moyen de coercition et de régulation sociale des femmes. Elle meurt en 2017, après avoir partagé une quarantaine d'années de sa vie avec la photographe internationale Sophie Keir. 
On vous conseille vivement de plonger dans cette bio de Kate Millett, Marie-Hélène Dumas nous permettant de découvrir une militante aux multiples facettes et, en arrière plan, une époque bouillonnante, critique, créative, complexe, une période qui nous semble être aujourd’hui une sorte de paradis perdu des luttes féministes et queer.
G.
 

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