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"Deux", un film de Filippo Meneghetti

Pour son premier long métrage, Deux, Filippo Meneghetti a eu l'audace d'explorer un double tabou : celui de l'amour entre deux personnes âgées et celui du coming out d'un parent à ses enfants. 

Madeleine et Nina sont deux femmes septuagénaires, voisines de palier. Personne n'imagine qu'elles vivent un grand amour depuis plusieurs années, personne ne se doute que les souvenirs de voyage qui décorent leurs logements sont autant de témoins muets de leur rencontre à Rome et de souvenirs précieux d'une relation épanouie. Nina, fougueuse, aventurière, pousse Madeleine à vendre leurs appartements, à tout quitter pour s'installer à Rome, là où tout a commencé.  Madeleine est plus timorée, elle hésite, elle louvoie et pour cause : elle a été mariée à un homme, décédé à présent, dont elle a eu deux enfants devenus adultes qui sont loin d'imaginer l'amour que leur mère vit avec une femme.  Faire son coming out à sa famille est une véritable angoisse pour Madeleine qui n'arrive pas à trouver le bon moment ni les bons mots. Le film développe avec sensibilité l'extrême difficulté d'un coming out quand, à cause de son âge, l'entourage croit déjà tout savoir du personnage et que l'amour est toujours présupposé hétérosexuel.

Filippo Meneghetti a eu l'audace d'explorer un double tabou : celui de l'amour entre deux personnes âgées et celui du coming out d'un parent à ses enfants...

Quand Madeleine est foudroyée par un AVC et se retrouve dépendante du jour au lendemain, sa fille se démène pour qu'elle soit bien entourée et bien soignée. Sa fille ne comprend pas les propositions de plus en plus insistantes de Nina de prendre le relais et Nina se retrouve complètement démunie face à une compagne aphasique, une fille qui pense bien faire et ne peut concevoir la souffrance des amantes séparées de force alors que vivant à quelques mètres l'une de l'autre. Il y a d'ailleurs tout un jeu scénique sur les portes ouvertes, les portes fermées et tout un esthétisme de l'ombre dans ce film qui complètent joliment cette thématique de l'amour caché. 

Le film expose avec subtilité cette double problématique des enfants adultes confrontés à la découverte de l'insoupçonnable double vie de leur mère et de la compagne, désemparée, qui tente tout pour s'occuper de la femme qu'elle aime et qui souffre de n'être soudain rien dans sa vie aux yeux des autres. Le film montre avec force et émotion le triple enfermement que subit Madeleine, enfermée dans son corps par sa maladie, enfermée dans son secret, enfermée dans sa position de mère. 

La révélation de l'histoire homosexuelle de leur mère est violente pour ses enfants. On ressent leur incompréhension, leur affolement et, malgré toute l'empathie du film envers Madeleine et Nina, il ne juge pas les réactions des enfants.  On n'est pas là, je crois, dans un rejet homophobe mais plutôt dans la détresse de personnages qui vont avoir besoin de temps et de patience pour faire leur chemin vers l'acceptation tandis que les amantes, elles, souffrent que leur amour ne soit pas une évidence. 

Deux est un très beau film sur la difficulté à vivre au grand jour un amour qui ne corresponde pas à ce que la société hétéronormée et jeuniste veut faire croire de l'amour. Malgré le drame, le film reste lumineux car porté par l'obstination de Nina, par les regards de Madeleine et surtout par l'émotion du jeu des actrices, Barbara Sukowa (Nina) et Martine Chevallier (Madeleine).
E.

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