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Et si mon enfant me disait...
Pour les parents qui s'interrogent
Pour les parents qui s'interrogent

Et si un jour un de vos enfants vous disait « Tu sais, je suis différent » ; « Je suis gay », ou « Je suis trans », ou encore « Je suis une fille et j'aime les filles », etc. Comment réagiriez-vous ?

Être parent(s), faire famille, c'est aussi réfléchir à cette éventualité, c'est être capable de faire preuve d'ouverture, de faire face à la nouveauté, de perdre momentanément ses repères sans se laisser submerger, c'est être capables de trouver le chemin pour accueillir, accompagner et comprendre.

Comment réagir ? Comment accompagner son enfant ? Quels mots ou attitudes éviter ? Vers quelles structures éventuellement se tourner pour trouver de l'aide ?

Parent(s), cette exposition s'adresse à vous.

Être parent n'est pas facile, on n'apprend pas ça à l'école. Un peu dans la famille, par nos propres parents, et par les représentations que diffuse la société. Qu'a-t-on à l'esprit lorsque l'on accueille son premier enfant ? Que projette-t-on sur lui ? Nos propres rêves, nos espoirs, notre manière d'envisager le monde, notre manière aussi d'avoir intégré les normes sociales.

C'est quoi un garçon ? C'est quoi une fille ? Tout le monde a une réponse à ça, des réponses inconscientes, auxquelles on n'a pas vraiment réfléchi. Pendant longtemps, la plupart des parents ont espéré que leur garçon serait bon au foot, saurait s'imposer dans la cour de récré, aurait une petite amoureuse. Pour leur fille, les parents voyaient de beaux cheveux longs, de jolies robes, de la politesse, de beaux sourires. Et pour l'un et l'autre, le mariage hétérosexuel et de beaux enfants à leur tour.

Ces stéréotypes laissent hélas peu de place à la « différence ».

Tous les enfants ne correspondent pas au modèle dominant… Et pour de nombreux parents, découvrir cette « différence » est la plupart du temps un choc. Et c'est bien normal, tellement l'idée d'une norme unique et idéale s'est imposée. Certains parents se demandent : « Est-ce de ma faute ? Ai-je mal fait quelque chose ? » ; « Mon enfant ne risque-t-il pas les moqueries ? Les agressions ? » ; « Comment va réagir la famille ? Et le cercle amical ? » ; « Est-ce que ce sera facile, pour mon enfant, de trouver une place dans un monde si discriminant ? ».

Certains parents d'enfants trans se demandent parfois : « Vais-je devoir faire le deuil de mon enfant ? ». Face à un enfant « différent », les parents doivent d'abord faire un pas de côté par rapport à leurs représentations, à leurs connaissances, à leurs définitions. C'est un gros effort, ce n'est pas facile. C'est un peu un chamboule-tout.

La différence perturbe ce que nous avions projeté sur notre enfant, et nous oblige à nous adapter à une situation nouvelle qui peut nous faire peur, nous déstabiliser. Accompagner son enfant, c'est avancer avec lui. Pas à sa place. C'est l'aider à s'épanouir, à trouver sa voie, son équilibre. C'est accepter, en tant que parent, de ne pas tout savoir et tout maitriser tout de suite, c'est choisir la relation, la confiance, le respect et le dialogue.

Le « I » de LGBTQIA+ désigne les personnes intersexes, c'est-à-dire nées avec des caractéristiques sexuées (chromosomes, hormones, organes génitaux) qui ne correspondent pas aux définitions strictement binaires du corps « masculin » ou « féminin ». L'intersexuation n'est ni une maladie, ni une anomalie à corriger d'urgence : c'est une variation naturelle du corps humain, qui concerne 1,7% des enfants.

Pendant longtemps, des interventions chirurgicales ou hormonales ont été pratiquées sur des nourrissons ou de jeunes enfants intersexes, sans nécessité médicale immédiate et sans leur consentement, pour « assigner » un sexe de façon définitive. Ces pratiques sont aujourd'hui vivement critiquées par les associations concernées et par des instances comme le Défenseur des droits, qui recommandent d'attendre, chaque fois que la santé de l'enfant n'est pas en jeu, que la personne concernée puisse elle-même être associée aux décisions qui touchent à son corps.

En tant que parent d'un enfant intersexe, s'informer, poser des questions aux équipes médicales, prendre le temps de la réflexion et refuser la précipitation, ce n'est pas mal faire : c'est protéger son enfant et respecter, autant que possible, son droit à disposer de son propre corps.

Les mots permettent de mieux comprendre les vécus. LGBTQIA+ désigne une diversité d'orientations sexuelles, d'identités de genre, de parcours et de caractéristiques corporelles. Lesbienne, gay, bi.e, trans, queer, intersexe, asexuel.le… Derrière l'acronyme LGBTQIA+, il y a des personnes, des vécus, des découvertes de soi, des questionnements, des émerveillements, des souffrances aussi parfois. Ce ne sont pas des étiquettes figées.

Employer les bons mots aide à sortir des malentendus, à réduire les peurs et à ouvrir une discussion sereine. Ne pas connaître un terme n'est pas grave ; refuser d'écouter, si. On peut apprendre progressivement, poser des questions avec respect, et accepter que certaines réalités soient nouvelles pour soi. Comprendre le vocabulaire, c'est déjà commencer à mieux accompagner.

Dans notre société, le peu d'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité, les tabous sur tout ça, font qu'en tant que parents, nous connaissons peu de choses sur ces sujets. Et pourtant, c'est indispensable pour comprendre nos enfants !

On distingue :

  • L'orientation sexuelle dit vers qui l'on ressent de l'attirance affective ou sexuelle.
  • L'identité de genre, elle, concerne la manière dont une personne se définit du point de vue du genre : fille, garçon, non-binaire, trans…
  • L'expression de genre renvoie à la façon de se présenter aux autres du point de vue du genre : vêtements, attitudes, apparence, timbre de la voix, maquillage, ...

Ces notions sont différentes. Un garçon peut être gay sans être efféminé ; un autre peut être hétéro et efféminé ; une personne trans n'a pas une orientation sexuelle "automatique" ; une personne non-binaire n'est pas "indécise", c'est juste qu'elle ne s'identifie pas à la norme binaire de notre société (« fille » ou « garçon »). Confondre ces réalités nourrit les stéréotypes et les jugements. Les distinguer nous permet, en tant que parents, de mieux comprendre notre enfant, en se méfiant des idées reçues.

En tant que parent, on doit comprendre une chose : il n'existe pas une seule manière d'être LGBTQIA+. Des jeunes le ressentent très tôt, d'autres mettent du temps à trouver les mots, à prendre conscience de leur spécificité. Certain·es parlent facilement, d'autres avancent avec prudence. Certain·es auront besoin d'un accompagnement médical ou administratif, d'autres non. Chaque parcours est singulier.

Ce qui compte, ce n'est pas de faire entrer son enfant dans une case, mais d'essayer de comprendre et donc reconnaître sa réalité telle qu'il la vit. Les familles n'ont pas à tout comprendre immédiatement pour être soutenantes. Elles peuvent et doivent elles-mêmes apprendre, se faire éventuellement aider, évoluer. L'essentiel, c'est d'éviter les injonctions, les comparaisons et les scénarios imposés, de se laisser gagner par le « qu'en dira-t-on ».

Beaucoup de souffrances naissent moins du fait d'être une personne LGBTQIA+ que du poids des normes. "Un vrai garçon doit…", "une fille normale devrait…", "ça passera", "c'est une mode" : ces phrases peuvent paraître anodines, mais elles peuvent aussi blesser profondément. Les stéréotypes réduisent les personnes à des clichés et empêchent de voir la réalité de leur vécu. Dans la famille, ils peuvent provoquer tensions, honte, contrôle ou silence.

C'est normal que nos enfants soient différents. Si on a deux enfants de même sexe, c'est normal que leur identité et/ou leur expression de genre ou même leur orientation sexuelle ne soient pas identiques. Les enfants ne sont pas des clones ! Interroger ses propres représentations n'est pas une remise en cause de son rôle de parent : c'est une manière de mieux protéger son enfant, de mieux faire famille. Sortir des normes rigides, c'est faire plus de place à la confiance.

Quand un enfant parle pour la première fois de son orientation sexuelle, de son identité de genre ou de ses questionnements, il prend un risque émotionnel important. Ce moment demande de l'écoute de la part des parents que nous sommes, de l'attention, une générosité dans l'accueil.

Avant toute chose en tant que parent, on doit adopter une attitude positive, même si on se sent déstabilisé·e. Poser trop de questions, chercher à convaincre, minimiser, plaisanter ou mettre en doute peut fermer durablement le dialogue. Il n'est pas nécessaire d'avoir toutes les réponses pour bien réagir. Dire "merci de m'en avoir parlé", "je t'aime", "je vais essayer de comprendre" peut déjà tout changer.

Le coming-out n'est pas une provocation, ni une faute, ni un examen à réussir. C'est une parole confiée. Elle mérite respect, discrétion et protection.

Accompagner son enfant LGBTQIA+, ce n'est pas interpréter à sa place, tester sa "certitude" ou décider pour lui de ce qui serait acceptable ou non. C'est lui reconnaître la capacité à dire ses besoins et à définir son propre rythme. Les enfants souhaitent d'abord être écouté.es, et surtout qu'on reconnaisse la légitimité de leur ressenti.

Mon enfant choisit des vêtements non genrés ? Et alors ? Mon garçon est attiré par les garçons ? Et alors ? Ma fille se définit comme lesbienne ou se dit non-binaire ? Et alors ? Certains enfants demandent un changement de prénom, de pronoms, une transition sociale, un accompagnement psychologique, administratif ou même parfois médical. Les parcours ne se ressemblent pas, et aucun soutien réel ne peut exister sans respect de cette singularité.

Les recherches montrent que le bien-être des jeunes LGBTQIA+ et non-binaires dépend à la fois d'un environnement soutenant et d'un accompagnement qui répond concrètement à leurs besoins, sans pathologiser leur identité (la différence n'est pas une maladie ni un problème !). Respecter l'autodétermination, c'est faire confiance, informer clairement, et avancer avec son enfant plutôt qu'à sa place.

Dans les familles, le soutien ne se résume pas à deux cases : "j'accepte" ou "je rejette". Il existe aussi des formes de soutien partiel ou conditionnel : dire qu'on aime son enfant mais refuser le changement de prénom souhaité, tolérer son identité à la maison mais lui demander de la cacher dehors, écouter sans vraiment le croire, aider matériellement tout en maintenant le doute ou la pression. Ces attitudes peuvent sembler moins violentes qu'un rejet frontal, mais elles fragilisent malgré tout.

Ce qui protège vraiment notre enfant, ce n'est pas seulement de le protéger des insultes : c'est un soutien concret, cohérent et durable. L'enfant n'est pas notre double, c'est sa vie qu'il est en train de construire. Croire son enfant, respecter ses mots, défendre sa sécurité, chercher de l'aide si besoin et accepter d'évoluer soi-même : voilà ce qui transforme la relation en appui réel.

Le rejet, le harcèlement, la peur de l'exclusion ou de l'incompréhension ont des conséquences sérieuses sur la santé mentale. Le fait d'être « différent » et de devoir le cacher aussi. Tristesse durable, isolement, chute des résultats scolaires, troubles du sommeil, anxiété, ou encore éventuellement automutilation ou même propos suicidaires : ces signes doivent être pris au sérieux. Ce n'est pas l'identité LGBTQIA+ qui met en danger ; c'est la violence subie, l'insécurité, les discours hostiles, les discriminations, les regards méprisants et l'absence de soutien. Tout cela peut nous faire peur, mais justement, c'est aussi pour ça que notre soutien est si important !

Une écoute attentive, des réactions rapides et un accompagnement associatif et/ou professionnel bienveillant peuvent prévenir l'aggravation. Demander de l'aide, se renseigner, écouter un podcast ou des vidéos sur le sujet, voilà une démarche positive de protection et de soin.

Être LGBTQIA+ n'est pas une maladie, ni un trouble à corriger. En revanche, certaines personnes peuvent avoir besoin d'un accompagnement médical, psychologique, social ou administratif adapté et respectueux.

L'enjeu n'est jamais de "normaliser" notre enfant, mais de garantir son accès à des soins sans jugement. Pour les personnes trans ou non-binaires, les parcours de transition peuvent être variés et doivent rester centrés sur l'écoute, l'information claire et le consentement. La santé sexuelle, la prévention, le suivi psychologique éventuel et la relation à des associations ou à un milieu médical bienveillant, sont des appuis importants. Le soin commence par le respect.

À l'hôpital de Saint-Quentin, une consultation trans a ouvert en 2026. Il suffit de contacter le service de gynécologie pour prendre rendez-vous.

Face au désarroi, certains parents espèrent parfois qu'un accompagnement pourra « faire passer » l'orientation sexuelle ou l'identité de genre de leur enfant, comme s'il s'agissait d'une phase à corriger. Ces pratiques existent, sous des formes diverses : entretiens répétés pour « recadrer », prières de guérison, stages, pressions familiales ou religieuses, parfois même violences psychologiques. On les appelle thérapies de conversion.

Elles ne soignent rien, puisqu'il n'y a rien à soigner : l'orientation sexuelle et l'identité de genre ne sont pas des maladies. En France, la loi du 31 janvier 2022 les interdit et les sanctionne pénalement, justement parce qu'elles sont reconnues comme maltraitantes. Les études sur le sujet sont sans appel : ces pratiques aggravent la détresse psychologique, l'isolement et le risque suicidaire.

Aimer son enfant, ce n'est pas chercher à le faire changer : c'est l'aider à devenir pleinement lui-même, elle-même, iel-même. Si un proche, une association ou un praticien propose ce type de démarche, il faut le refuser et, si besoin, en parler autour de soi ou à une association lgbt+ pour obtenir un soutien adapté.

Les violences ne se limitent pas aux coups. Elles peuvent prendre la forme d'insultes, de menaces, de chantage affectif, de contrôle, d'humiliations, d'outing forcé (le fait de révéler à d'autres sans son accord la « différence » d'une personne), de privation de liberté ou d'exclusion du foyer. Dans la famille comme ailleurs, ces violences n'ont pas leur place, elles doivent être nommées pour être stoppées. Et il faut rappeler que ces attitudes sont interdites par la loi.

Harcèlement scolaire et violences intrafamiliales se renforcent parfois mutuellement. Un enfant fragilisé dehors ne doit pas l'être aussi chez lui. Prévenir, c'est repérer tôt les signaux, prendre la parole de l'enfant au sérieux, demander de l'aide et mobiliser les relais compétents. Protéger son enfant (ou les enfants de membres de nos familles ou de nos cercles amicaux), c'est refuser toute banalisation de la violence.

L'école doit être un lieu de protection. De nombreux textes visent à lutter contre les discriminations. Depuis 2021, la circulaire Blanquer permet aux élèves trans d'être reconnu.es dans leur demande de changement de prénom et de pronoms dans l'enceinte scolaire (avec l'accord des parents pour les élèves qui n'ont pas encore 18 ans).

Mais l'école est parfois un lieu de mise à l'écart. Les difficultés vécues par les jeunes LGBTQIA+ ne viennent pas seulement des insultes ou du harcèlement entre élèves. Elles tiennent aussi aux normes transmises par l'institution elle-même, par le personnel d'encadrement : formulaires, règlements, contenus d'enseignement, silences sur certaines réalités, manque de formation des adultes, présomption d'hétérosexualité et de binarité de genre.

À force de messages normatifs explicites ou implicites, les jeunes qui se sentent « différent.es » finissent par ne plus se sentir légitimes, que seule leur invisibilisation est acceptable. Cette marginalisation peut fragiliser la santé mentale, augmenter l'absentéisme scolaire et réduire le sentiment de sécurité et d'appartenance. Protéger son enfant, c'est aussi agir avec l'école, pas seulement autour d'elle.

Aucune famille ne doit rester seule face à ses questions, ses peurs ou ses difficultés. Des associations, des lignes d'écoute, des professionnel·les de santé, des structures sociales et des ressources existent pour informer, orienter et soutenir. Chercher de l'aide n'est pas "dramatiser" : c'est se donner les moyens d'agir, c'est gagner en compétence parentale, pour offrir plus de chances à sa famille de garder sa cohésion, sa joie, sa stabilité. C'est s'émerveiller de voir son enfant s'épanouir et s'émerveiller de l'accompagner dans cet épanouissement.

Voilà une liste d'associations et de structures de l'Aisne ou encore de ressources, vers lesquelles il est possible de se tourner si on cherche un accompagnement ou tout simplement si on veut en savoir un peu plus.

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