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Qui s’intéresse encore à la révolution ? Par rapport aux années 1970, fort peu de monde dorénavant. Certains s’en réjouiront… Quant à l’homosexualité, ou plus largement les LGBT+, on en parle encore et même sans doute un peu plus, mais bien différemment en fait. Il n’est pas inintéressant de faire ce bon en arrière d’une trentaine d’année, date à laquelle Guérin a écrit ce texte, pour voir comment à l’époque certains envisageaient la question, et plus généralement comment les « autres » sexualités étaient alors vécues, perçues, et rejetées.

Alors que dans les années 1970 les homosexuels révolutionnaires voyaient dans l’homosexualité un puissant moteur de destruction du patriarcat, de la dictature de la norme hétérosexuelle et du capitalisme, Daniel Guérin, militant actif depuis les années 1930, ne revendique plus ce raisonnement dans les années 1980. Dans « Homosexualité et révolution », le militant commence son essai en s’interrogeant sur le fait de savoir si la pratique d’une sexualité différente, voire d’une sexualité nourrie, serait contreproductive du point de vue révolutionnaire. Plutôt que d’aborder la question sous un angle politique et social, il envisage plutôt la problématique d’un point de vue plus pratique. Pour apporter une réponse négative bien sûr, estimant que si une trop longue abstinence ou une sexualité débridée gêneraient le révolutionnaire comme elles gêneraient le sportif de haut niveau, la sexualité n’entame en rien l’énergie militante, bien au contraire.

Les amateurs de théorie révolutionnaire en seront pour leur frais. Guérin lie homosexualité et révolution d’abord pour des raisons personnelles et humaniste, rappelant que, chez lui, la révolte et la découverte de son attirance pour les garçons s’est faite en quelque sorte de conserve, l’attrait pour les jeunes prolétaires lui ayant permis de découvrir cette classe sociale à laquelle il ne faisait pas partie, et par voie de conséquence, découvrir la révolution. Chez Guérin, le sentiment de révolte contre l’exploitation capitaliste et le colonialisme aboutiront également à l’engagement homosexuel, bien que plus tardif. Comme de très nombreux « invertis », Guérin en tant qu’homme public a longtemps tu ce penchant réprouvé par la société. Réprouvé également par bien des organisations de gauche et d’extrême gauche encore à l’époque. L’auteur n’en rappelle pas moins que la lutte contre le capitalisme et la lutte contre l’exclusion des homosexuels devrait être indissociablement liée, car la domination bourgeoise s’appuie sur l’institution du mariage hétérosexuel, à l’exclusion de tout autre type de relation amoureuse et de pratique sexuelle.

Guérin, qui a connu le mouvement gay des années 1970, fait le constat au début de la décennie suivante d'une évolution décevante : les militants ont laissé place à une nouvelle génération de gays de pacotilles, plus focalisés sur l'apparence que sur les idées, plus intéressés par la rencontre d'un soir que par la relation. Guérin fustige également cette tendance des homosexuels à s'enfermer dans un ghetto, à se centrer sur eux-mêmes plutôt que de lier leurs luttes à celles d'autres opprimé.e.s.
Dans son parcours, étant lui-même souvent dénigré en tant qu’homosexuel passif et donc associé au féminin, Guérin a compris combien le rejet de l’homosexualité était constitutif de la misogynie « capitaliste », les femmes tenues en état d’infériorité subissant une même oppression que celle des homosexuels.

Comme beaucoup de gays de l’époque, Guérin s’intéresse assez peu aux lesbiennes même s’il se dit l’allié des féministes. Il règle ses comptes avec les écrivains ou les hommes politiques homosexuels qui se sont refusés à faire leur coming out. Il dénonce ces privilégiés qui, par leur position sociale, subissent moins que d’autres la répression de l’homosexualité et se gardent, en restant dans la clandestinité, de venir en aide aux anonymes. Le militant évoque également les homosexuels de droite, qui soutiennent, par confort et inconscience, des courants politiques hostiles aux homosexuels.
Le recueil comprend également des extraits d’interviews, d’articles ou de livres, qui permettent d’apprécier les différentes facettes de l’engagement du révolutionnaire Guérin en faveur de l’homosexualité. Lui-même se déclarait d’ailleurs parfaitement bisexuel et considérait, comme d’autres, que la bisexualité est l’état de nature de l’humanité, la répression de l’homosexualité ayant infligé aux humains la dominante hétérosexuelle. Ne passons pas sous silence le fait que, comme de nombreux homosexuels dans les années 1970, Guérin évoque la pédophilie sans la condamner.

Guérin est apprécié pour ses écrits historiens ou militants sur la montée du nazisme, la Révolution française, le Front populaire ou différentes mouvements révolutionnaires, mais bien moins pour avoir évoqué en détail dans plusieurs livres et dans de nombreuses interviews ses amours homosexuelles. Cet aspect du personnage a régulièrement choqué. C’est peut-être aujourd’hui cet aspect-là qui donne envie de relire Guérin.

G.

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