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J’éprouve une sympathie particulière pour Daniel Guérin, bisexuel, militant, intellectuel, historien, anticolonialiste, trotskyste puis libertaire et enfin défenseur et critique de l’homosexualité.
Daniel a été tout ça successivement et à la fois. Marié et papa, il a également très jeune eu des relations amoureuses avec des garçons. Mais c’est à partir des années 1950 qu’il s’intéresse à la question homosexuelle, pour dénoncer la répression de ces amours « contre-nature » criminalisés dans certains pays, et réprimés également en France. C'est en marxiste qu’il s’intéresse à la question, montrant que contrairement aux idées reçus dans les milieux de gauche percevant l’homosexualité comme une déviance « bourgeoise », ce sont majoritairement des hommes issus des classes populaires qui sont condamnés pour outrages aux bonnes mœurs en tant qu’homosexuels en France. Guérin plaide donc pour une dépénalisation de l’homosexualité dans une perspective plus globale d’émancipation sociale, tout comme il est anticolonialiste et anticapitaliste. Dans un deuxième temps, Guérin va publier des récits autobiographiques dans lesquels il révèle non pas son homosexualité, mais sa bisexualité. Car contrairement à ce que l’on pourrait croire aujourd’hui, Guérin prône un amour ouvert, considère que la « nature » ne nous fait ni hétéros, ni homos, mais ouverts à des désirs très divers. Il reconnaît néanmoins que le rejet social de l’homosexualité (rejet bourgeois avant tout), pousse la plupart des hommes, qui éprouvent naturellement des penchants bisexuels, à abandonner ces penchants pour se conformer à l’ordre moral et hétérosexuel ambiant. Dans ses témoignages autobiographiques, il explique avoir eu de nombreux amants dans sa jeunesse (années 1920) auprès de jeunes hommes des milieux ouvriers. A l'époque, l'homosexualité dans les milieux populaires n'était pas encore ostracisée.
Face à l’homophobie, Daniel Guérin va dans une troisième phase (fin des années 1960, années 1970), s’engager en tant que militant de la cause homosexuelle, sans abandonner ses convictions communistes-libertaires. Mais cet engagement lui pose problème. En effet, un glissement s’opère dans les organisations homosexuelles, une radicalisation communautariste et essentialiste, qui vise à constituer un bloc homosexuel face au bloc hétérosexuel, avec pour conséquence la négation de la bisexualité fondamentale des êtres humains.
Dans les années 1970, Guérin, tout en luttant contre l’homophobie, n’en critique pas moins cette dynamique communautariste qui enferme les homosexuels dans une identité tout aussi artificielle que l’identité hétérosexuelle. Il critique également la marchandisation de la cause homosexuelle.
Alors que les communautarismes ont triomphé, Daniel Guérin peut-être considéré comme le « père » de la bisexualité, en tous cas son théoricien et premier grand défenseur. Le communautarisme homosexuel et l’hégémonie hétérosexuelle laissent une place très minime à la reconnaissance de la bisexualité, et donc des bisexuels. Il faut changer ça !

G.

Un article scientifique sur la question de la bisexualité :

https://www.cairn.info/revue-population-et-societes-2018-11-page-1.htm

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