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Quoi qu’un peu ancien, voilà un excellent ouvrage à mettre entre toutes les mains. En historien méticuleux, Jean-Luc Schwab raconte l’itinéraire de l’Allemand Rudolf Brazda, dont la famille est originaire de l’ancien empire Austro-Hongrois. La vie de Rudolf a cela d’emblématique qu’il traverse une décennie de féroce répression nazie contre les homosexuels.

Au milieu des années vingt, dans une petite ville de province, le jeune Rudolf issus d’une famille populaire découvre son homosexualité qu’il vit sans se cacher, entouré de couples amis gays ou lesbiennes, qu’il reçoit régulièrement dans une chambre  qu’il partage avec son amoureux, et que lui loue sa tolérante logeuse. Mais la lune de miel prend vite fin avec l’arrivée des nazis au pouvoir et la germanisation de toute une partie de l’Europe de l’Est. Le trop fameux paragraphe 175 du code pénal criminalise en Allemagne depuis le 19e siècle l’homosexualité, à savoir les caresses ou la pénétration entre deux hommes. Avant la nuit des longs couteaux, l’homosexualité de certains dirigeants de la SA donc Röhm ont pu faire illusion. Mais dès la suppression des SA par Hitler, une vague de répression contre les homosexuels s’abat sur la Reich. L’homosexualité est dénoncée par les nazis principalement comme un obstacle à la natalité et donc au développement de la race aryenne.
De nationalité tchèque, Rudolf dont la langue maternelle est l’Allemand, fait l’objet, comme de nombreux autres homosexuels, d’une surveillance policière assidue, d’arrestation, d’interrogatoires et finalement d’une première condamnation au milieu des années 1930. Pendant la guerre, il est de nouveau arrêté et cette fois envoyé à Buchenwald en tant que « triangle rose », les détenus étant différenciés par des couleurs : le rouge pour les détenus politique, le vert pour les droits communs, l’étoile jaune bien sûr pour les juifs. Buchenwald, qui comptera jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de prisonniers, est un camp de redressement, qui accueillera pendant toute la durée de son fonctionnement quelques centaines de triangles roses, à savoir une infime minorité par rapport à l’ensemble. Dans les camps, comme les juifs, les homosexuels se retrouvent en bas de la hiérarchie. Humiliés, affectés aux taches les plus difficiles, leur survie reste extrêmement difficile, seuls 40% d’entre eux en réchapperont.

Rudolf est un « chanceux ». Il se lie avec des prisonniers communistes. Jeune, mignon, couvreur, il intègre une équipe de professionnels chargé de la maintenance des bâtiments, ce qui lui permet d’échapper à la triste condition de l’homosexuel « de base ». Un peu mieux nourri, mieux protégé, il parvient à tenir jusqu’à la libération du camp par les Américains en 1945. Lié à des français dans le camp, il gagne rapidement Mulhouse, où il s’installe et refait sa vie amoureuse et professionnelle. Mais il attendra les années 2000 pour accepter de témoigner de son passé. Il a alors 95 ans ! Il faut dire qu’en France, les autorités ont plus que tardé pour reconnaître la répression des triangles rose pendant la Seconde Guerre mondiale.

L’ouvrage, fondé sur l’étude d’archives européennes de première main, retrace avec une grande précision documentaire l’itinéraire de cet homosexuel réprimé par le régime nazi. Au travers de cette histoire, l’auteur et son témoin dévoilent un pan encore méconnu à l’époque de la sortie du livre, de la barbarie des nazis.

G.

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