Fun Home, d'Alison Bechdel
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Alison Bechdel est une icône du roman graphique féministe, lesbien et queer. Et c’est toujours difficile d’écrire sur une icône. Encenser revient à s’inscrire dans le champ des laudateurices ; critiquer semble déplacé, peut être perçu comme une forme de méchanceté.
Nous sommes ici très à l’aise. Autant, nous avons aimé « Fun home », dont nous allons parler, autant nous avons assez peu goûté « C’est toi ma maman ? », de la même autrice. Donc, ni louanges, ni accablements.
Fun home, c’est l’histoire d’une enfant et d’une ado qui, après avoir grandi et s’être affirmée en femme consciente, engagée et lesbienne, revient sur son passé, et principalement sur son père. Un roman graphique familial aussi baroque que torturé et nourri de littérature, comme c’est souvent le cas chez Alison Bechdel.
La famille, surtout dans l’enfance ou l’adolescence, est une source inépuisable d’histoires, de tensions, de frottements, de frictions, d’apprentissages, d’interactions de toutes sortes, d’émerveillements ou au contraire de violences et de désespoir. De ce point de vue, Alison Bechdel n’a pas manqué de modèles intéressants, ses deux parents notamment. Dans Fun home, c’est sur son père qu’elle se focalise, et surtout sur leurs interactions. En racontant son père, Alison tente de se comprendre, de s’expliquer, de se frayer un chemin pour éclore.
On ne s’étonnera pas de la dimension queer de cette BD, Alison Bechdel étant donc une icône féministe et lesbienne, avec toutes les étapes, les joies et les peines qu’une telle identité peut charrier dans une Amérique des années 1960 et 70. Dans ces strates d’une mémoire personnelle et sociale toujours difficile à se remémorer, s’ajoute une drôle d’épaisseur : un père dans le placard, passionné de décoration, obsédé par les fleurs, marié mais entretenant secrètement des relations avec d’autres hommes, parfois bien plus jeunes que lui.
Fun home, c’est donc l’histoire d’une famille qui peut sembler atypique, de profs blancs (et croques-morts) amoureux.ses de théâtre dans la campagne américaine, avec ce père qui jamais n’assumera socialement son homosexualité, le tout à une époque de politisation, certes marginale, d’une vie queer principalement dans les grandes villes occidentales. Mais finalement pas si atypique que cela puisque de nombreux.ses homosexuelles, face à la pression hétéronormative, ont fondé famille pour « survivre » dans un monde hostile qui leur imposait secret, discrétion et mensonge.
Une BD salvatrice, pleine d’humour, dans laquelle Alison Bechdel jongle entre anecdotes, histoire et littérature, pour mieux aider la société à faire sa mue inclusive.
Restons optimistes…
G.
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