Toutes nos larmes, de Clovis Maillet Monory
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Vous avez la chance de ne pas avoir subi de violences conjugales pendant vingt ou trente ans ? Vous avez la chance de ne pas avoir vu vos enfants frappé.es et abusé.es par leur père ? Vous avez la chance de ne pas avoir subi de violences sexistes et sexuelles ?
Lisez ce livre même s’il vous arrachera un torrent de larmes, même s’il vous confrontera aux pires horreurs du patriarcat.
Frottez-vous à cette histoire aussi banale qu’exceptionnelle. Un récit intime et politique à la fois, entre témoignage, essai et documentaire, né d’un presque hasard. Lorsque l’auteur perd sa mère (Michèle) dans un accident d’avion aussi tragique qu’inattendu , il découvre dans l’ordinateur de la défunte le « Journal d’une femme battue », récit autobiographique de cette mère livrée aux terribles violences de son mari. Trente années à subir l’emprise, les coups, l’humiliation, à s’étioler, mourir en survivante, à résister par la dissociation.
L’auteur (historien de profession) alterne extraits du journal, entretiens avec des proches, souvenirs personnels et réflexions historiennes, sociologiques, politiques. Des souvenirs en forme de mémoire traumatique qui exploseront chez Clovis à la lecture de ce « Journal d’une femme battue », exhumés des méandres de la mémoire numérique, les violences du père basculant dans l’horreur de l’inceste, souvenir révélés à soi-même à force de se frotter à un passé cousu au fil barbelé dans les tréfonds d’un cerveau calé depuis trop longtemps en mode survie.
Plonger en eaux troubles avec Clovis Maillet Monory, petit-fils de ministre, c’est s’interroger sur les ambivalence d’une jeunesse, celle des années 1970, qui s’éprend de liberté sexuelle, qui porte fier l’étendard féministe, qui dénonce aussi parfois les violences sexuelles, qui milite pour l’émancipation et qui pourtant, n’échappe pas au rouleau compresseur des rôles de genre, de la fascination pour la « famille » et de l’oppression patriarcale. Avec Michèle, qui a tant pris de coup et qui se raconte après être morte tant de fois au travers de ce Journal publié à titre posthume, ouvrez la porte de l’analyse, celle des violences, celle du féminisme, de l’antiféminisme, des bourreaux, analyse d’un système qui broie les volontés, un système trop peu contesté et si solide encore…
C’est le procès de toute une société qu’il faut faire et peut-être plus encore que ne le fait Clovis Maillet Monory, celui de la cellule familiale qui reproduit les hiérarchies de l’oppression, qui nous inculque les rôles sociaux de genre, qui creuse en nous le sillon de la domination ou de la soumission, qui produit tant de violences, procès du couple également, promesse de proximité, de fusion et donc source de manipulation, de pouvoir sur l’autre, procès de l’adultisme enfin, de l’empire des « grands » sur les petites personnes. Procès d’une masculinité secrètement armée, discrètement féroce, et si souvent impunie.
Lisez ce livre, et pleurez. Pleurez de colère, de révolte, d’empathie, de haine contre un système si destructeur.
On a envie de prendre Clovis dans nos bras, le remercier pour ces larmes salvatrices, des larmes d’humanité qui ne doivent jamais sécher.
G.
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