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Voilà un livre un peu ancien (1999, plus de vingt ans !) mais d’une lecture encore tout à fait stimulante. L’auteure, Marina Castañeda, psychothérapeute d’origine mexicaine formée aux USA et en France, apporte à l’époque un regard très neuf sur la question, du moins pour le lecteur français. Elle propose en effet une synthèse des recherches de l’époque réalisées notamment aux États-Unis, très en avance sur la question par rapport à la France. En avance autant sur le terrain scientifique que sur la question des mœurs, la révolution gay des années 1970 ayant émergée aux USA avant de diffuser dans le monde occidental. Et c’est cette révolution qui a modifié le regard de la société sur les homosexuel.le.s mais également des gays et lesbiennes sur eux/elles mêmes, qui justifie pleinement ces recherches et donc ce livre. Les homosexuel.le.s n’avaient pas connu jusqu’alors de tels chamboulement dans leur perception sociale et dans leur identité même, remettant en cause leurs comportements, leurs aspirations, leurs goûts, leurs modes, leurs relations avec les hétérosexuels, etc. Dans cette période de révolution sexuelle qui a bouleversé également l’hétérosexualité, l’épidémie de Sida a provoqué de nouvelles ruptures dans cette histoire des homosexuel.le.s et dans leur vie sociale.
En psychothérapeute, Marian Castañeda entraîne d’abord le lecteur sur le terrain des théories qui, depuis le 19e siècle, tentent d’expliquer l’homosexualité. Quel chemin parcouru, depuis les premiers cliniciens pour lesquels les « invertis » n’étaient autre que des malades dégénérés qu’il fallait à tout prix soigner pour protéger l’humanité ! Un chemin long et périlleux, parsemé d’embuches et surtout de résistances, car si des précurseurs depuis le début du 20e siècle militent en faveur de la reconnaissance de l’homosexualité comme une pratique « normale », fut-elle marginale, la plupart des thérapeutes eux-mêmes jusqu’aux années 1970 restent pétris de préjugés négatifs en la matière, malgré une indéniable ouverture de Freud sur la question par exemple. Et c’est dans les années 1950-1960 que de nouvelles études aux États-Unis renouvellent le regard sur la théorie, en tentant de répondre aux questions suivantes : naît-on homosexuel, le devient-on et pourquoi ? L’homosexualité s’explique-t-elle par la psychanalyse, par la génétique ou par d’autres facteurs ?
L’auteur, qui s’appuie aussi bien sur son expérience de thérapeute que sur les innombrables études parues à l’époque, dresse un tableau très riche de la sociologie homosexuelle, du « couple » homosexuel dans toute sa diversité et sa complexité, mais également de l’homophobie et de son intériorisation par nombre de gays et lesbiennes. Et si la thérapeute met avant tout l’accent sur les homosexuels mâles, plus nombreux et plus visibles, sans oublier bien sûr les lesbiennes, elle consacre également un chapitre fort intéressant à la bisexualité, cette identité émergeant dans les années 70-80 en opposition à l’hétérosexualité et aux homosexualités. L’auteure évoque la dynamique communautariste des bisexuels dans ces années fondatrices, et tente d’expliquer cette dynamique par la crise de l’hétérosexualité aussi bien que par d’autres facteurs, nombre de penseurs depuis Freud considérant la bisexualité comme inhérente à l’humanité.

Le maître mot de cet ouvrage pourrait être "autodétermination". L'auteure insiste en effet sur l'idée que ce n'est ni à la société ni aux individus qui la composent de déterminer notre identité de genre et nos préférences sexuelles ou amoureuse. C'est à chacun.e de le faire pour lui-elle même et uniquement pour lui-elle-même. Nos identités ne sont pas figées, elles ne sont pas stéréotypées, elles sont vivantes et complexes et chacun devrait avoir le droit de s'interroger sur ces questions et de rendre publique ou non son orientation, comme il l'entend. Lorsque la société ou des individus cataloguent d'autres individus, il.elles ne peuvent que se tromper sur ce qu'est chacun.e. Ce regard est en lui même oppressif, il assigne à chacun.e une identité avec de grand risque de se tromper, avec un grand risque de stigmatisation. Évidemment, les stéréotypes ont ce but : rejeter ce qui est différent de soi. Une attitude à combattre !
Au croisement d’interrogations sur le genre, l’identité, la sexualité, la sociologie et la politique, Comprendre l’homosexualité qui se donne pour ambition de donner « des clés, des conseils pour les homosexuels, leurs familles, leurs thérapeutes », permet de s’interroger sur soi-même, ses propres représentations, tout en observant le décalage avec les évolutions depuis une vingtaine d’années.
A lire !
G.

Marina Castaneda, Comprendre l'homosexualité, Robert Laffont, 1999.

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