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"Aux origines de la Gay pride" est un documentaire sur l'histoire de l'homosexualité dans les années qui ont précédé et suivi les émeutes de Stonewall de juin 1969 aux États-Unis. Le récit se concentre sur des interviews d'homosexuel.le.s qui racontent d'abord leur enfance et leur adolescence dans des petites villes des Etats-Unis, dans lesquelles, dans les années 1950-60, il n'est pas bon d'être gay. Répression, exclusion des universités, passage chez le psy, rejet de la famille et de la communauté... Une lesbienne raconte même que, dès les premières semaines de son entrée à la fac, elle découvre que deux lesbiennes se sont faites exclure pour s'être embrassées, dénoncées par un étudiant qui les observait à la jumelle. Pendant ses quatre ans d'université, elle fera tout pour se "féminiser" et passer pour totalement straight.

Les hommes homosexuels qui évoquent leurs années passées au lycées ou à la fac rappellent la même chasse aux sorcière dont étaient victimes les étudiants gays dans leurs milieux scolaires respectifs, avec même le risque d'être dénoncés par un autre gay. 

Dans les années 1960, New York passe pour une ville plus accueillante à l'égard des homosexuel.le.s, ce qui pousse les unes et les autres à s'y installer. Greenwich village, un quartier central de NY, est présenté comme étant alors "très gay et également très violent", les homosexuels y étant particulièrement ciblés. Pour un homosexuel, impossible de trouver à cette époque un soutien de la police ou de la justice après une agression...
Le documentaire évoque la présence d'organisations homophiles dès les années 1950 aux USA, la Mattachine society, mais également une association lesbienne, les Daughters of Bilitis, toutes deux présentées comme conservatrices et peu engageantes pour de jeunes homosexuel.le.s radicalisé.e.s. Ces associations réclament la légalisation de l'homosexualité, mais se montrent très prudentes sur toute forme de radicalité politique ou d'exubérance.

La pénalisation des amours entre personnes de même sexe peut alors mener en prison, ce qui n'empêche pas la présence, à New York, de plusieurs bars homosexuels, la conséquence étant qu'ils étaient principalement tenus par la mafias, avec une pression constante de la police sur ces établissements.
C'est dans ce contexte qu'éclatent les trois jours d'émeute de Stonewall, ce bar new-yorkais dans lequel se retrouvaient alors trans et homosexuel.le.s latinos, afros-américains et américains-américains. Face à un énième contrôle des documents d'identité, une réaction collective permet de tenir tête à la police, malgré les renforts. Les jeunes se retrouvent alors dans un parc attenant dans lequel se concrétise une première forme collective de lutte radicale, bien qu'encore inorganisée et improvisée. La présence de jeunes noirs habitués à être harcelés par la police et à riposter (les années 1960 sont marquées par l'affirmation du mouvement noir américain, avec la formation de groupes radicaux pour certains armés comme les Black Panthers) expliquerait la radicalité de ces trois journées mouvementées au Stonewall, l'événement donnant lieu à des récits divers et parfois contradictoires.
On peut voir dans la naissance du Gay Libération Front, un groupe gauchiste radical, une conséquence directe des émeutes de Stonewall, mais aussi une conséquence des mouvements hippies, noirs et féministes, très vigoureux dans les années 1960. Le GLF est alors structuré en cellules, à l'image du Parti Communiste, et publie un journal : Come Out. Le GLF a pour ambition de se libérer de la Mafia, de la Ville et bien sûr de la Police, en créant des lieux de sociabilité dédiés.
Le GLF est traversé par une problématique qui divise les gays depuis longtemps : quelle place pour les travesti.e.s/transexuel.le.s (pour reprendre une terminologie de l'époque) ? De nombreux gays souhaitent se démarquer des "folles" au prétexte qu'elles donneraient une "mauvaise" image du mouvement, ostracisme qui explique peut-être en partie la naissance du groupe STAR : Street Travestites Action Revolutionnaries. On compte dans ce groupe Sylvia Rivera et Marsha P. Johnson notamment, qui dénonçaient à l'époque l'hostilité de bien des gays à leur égard.
Cette période d'effervescence voit naître d'autres groupes dans les mois qui suivent : le GAA (Gay Activist Alliance) et également les Radicalesbians.
Un groupe se constitue pour organiser une marche commémorative le 28 juin 1970, la première Gay pride, avec plusieurs milliers de personnes défilant dans les rues de New York, malgré l'interdiction toujours en cours de l'homosexualité par la loi. Une période d'effervescence et de libération, qui a vu se succéder avances et reculs, sans parler de la vague du Sida.
Voilà un documentaire incontournable, fondé sur des archives et de témoignages passionnant.e.s, en regrettant néanmoins l'invisibilisation des personnes latinos, afro-américaines et trans également : seules des gays et lesbiennes cis (c'est un postulat) "blanc.he.s" sont interviewées...

G.

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