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En ce moment et jusqu'au 31 mai 2026 se tient au musée des beaux-arts de Gand une exposition sur les femmes artistes dans les anciens Pays-Bas aux XVIIe et XVIIIe siècles : https://www.mskgent.be/fr. Voici une bonne trentaine d'années que le sujet circule dans le monde de la recherche, avec quelques tentatives plus ou moins réussies de le faire connaître à un plus large public. Dès les années 90, une exposition sur les femmes peintres offrait un premier aperçu à l'échelle européenne et sur plusieurs siècles, trop vaste peut-être pour permettre un véritable approfondissement de la réflexion.

Une autre exposition, sur la peintre hollandaise Judith Leyster, souffrait du défaut inverse: le problème de l'exposition monographique, modèle encore dominant à cette époque, était qu'il surexposait les défauts d'une artiste estimable mais inégale. Les commissaires ont ici choisi une focale plus large et présentent une quarantaine de femmes artistes, ce qui permet, au-delà des individualités, de se poser des questions générales.
Sur un point au moins, l'exposition confirme ce que l'on pressentait : les femmes sont bien moins nombreuses que les hommes.

À cela deux raisons bien connues : l'accès beaucoup plus limité des filles à l'éducation dans un premier temps suivi, une fois parvenues à l'âge adulte, de la difficulté à se faire une place dans une société patriarcale. Elles sont toutefois un peu plus nombreuses qu'on ne le croyait : la faute à une invisibilisation posthume, en particulier au XIXe siècle. Autre changement de perspective : les quelques-unes qui ont laissé une trace plus importante paraissaient cantonnées à des genres considérés en leur temps comme mineurs. Ainsi Clara Peeters et ses natures mortes ou Rachel Ruysch et ses bouquets de fleurs, qui lui ont certes valu une réputation européenne : il s'agissait moins de censure ou d'autocensure que d'une conséquence de l'impossibilité d'étudier le modèle vivant, condition nécessaire pour accéder au "grand genre", la peinture d'histoire. Les femmes qui se hasardaient à représenter la figure humaine se cantonnaient le plus souvent au portrait, moins périlleux. La singularité de Michaelina Wautier, révélation de ces quinze dernières années, n'en apparaît que plus frappante. Une autre découverte pour finir : l'appartenance à une famille d'artistes, si elle donnait accès à l'éducation artistique, ne favorisait pas forcément l'affirmation de l'individu, surtout de genre féminin, qui pouvait disparaitre dans l'anonymat de l'atelier : dans la famille Weenix, on connaît par exemple Jan et son fils Jan Baptist, maîtres hollandais de la nature morte et de la scène de genre, mais qui avait entendu parler de Josina Margareta?
En conclusion : pas de révélation certes mais un jalon important dans une redécouverte progressive, accompagné d'un catalogue qui fera date, même s'il n'existe qu'en néerlandais et en anglais (https://hannibalbooks.be/onvergetelijk-vrouwelijke-kunstenaars-van-antwerpen-tot-amsterdam-1600-1750#58046). Pour une nouvelle exploration, sous un angle différent, rendez-vous à Anvers à partir d'octobre prochain puis à Londres : https://www.snijdersrockoxhuis.be/fr/agenda/exhibitions/exposition-a-venir.

Al.

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